Fait maison & solides

Savons et cosmétiques solides : le cadre réglementaire, de l'étiquette à la vente en vrac

Fait maison & solides · Publié le 2026-10-27

Pain de savon d'Alep brun-vert, de forme cubique, posé sur un fond blanc
Un pain de savon d'Alep. Photographie de Cybularny, CC0. Illustration générale, sans lien avec une marque citée.

Shampoing en pain, savon surgras, déodorant en stick, dentifrice en pastilles : les cosmétiques solides sont devenus un pilier du zéro déchet, parce qu'ils se passent souvent d'emballage plastique. Ils restent pourtant des cosmétiques, soumis à l'une des réglementations les plus encadrées de l'Union européenne. La connaître aide à lire une étiquette, à comprendre ce que l'on achète en vrac, et à mesurer ce qui sépare un savon fait pour soi d'un savon vendu.

Qu'est-ce qu'un cosmétique ?

Le règlement (CE) n° 1223/2009 définit le produit cosmétique comme toute substance ou tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (peau, cheveux, ongles, lèvres, dents, muqueuses buccales…) en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d'en modifier l'aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles.

La forme ne compte pas : un shampoing liquide et un shampoing solide relèvent du même texte. Ce qui compte, c'est l'usage. Un pain de savon vendu pour se laver les mains est un cosmétique ; le même savon vendu pour détacher le linge relève du règlement (CE) n° 648/2004 relatif aux détergents. C'est pour cela que certains savons portent deux étiquettes, ou une mention qui précise leur usage.

Les obligations avant la mise sur le marché

Le règlement repose sur une idée : un cosmétique mis à disposition sur le marché doit être sûr pour la santé humaine dans des conditions d'utilisation normales ou raisonnablement prévisibles. Pour le garantir, il organise une chaîne de responsabilité.

En France, la surveillance du marché est partagée entre l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), compétente pour la sécurité des produits, et la DGCCRF, qui contrôle notamment l'étiquetage, les allégations et la présence du dossier. La DGCCRF a consacré plusieurs enquêtes aux nouvelles marques et à la vente en vrac de cosmétiques ; elle y relève régulièrement une méconnaissance de ces obligations chez les petits fabricants.

Lire l'étiquette d'un cosmétique solide

L'article 19 du règlement fixe les mentions obligatoires. Sur un savon ou un shampoing solide, on doit donc retrouver :

MentionÀ quoi elle sert
Nom ou raison sociale et adresse de la personne responsableSavoir qui répond du produit
Contenu nominal (poids)Comparer les prix au kilo
Date de durabilité minimale, ou durée d'utilisation après ouvertureSavoir jusqu'à quand l'utiliser
Précautions particulières d'emploiÉviter un usage dangereux
Numéro de lotSuivre un éventuel rappel
Fonction du produit, si elle ne ressort pas de sa présentationNe pas confondre shampoing et savon
Liste des ingrédients, dans l'ordre décroissant de poids, en dénomination INCIRepérer un allergène ou un ingrédient à éviter

Lorsque le produit est vendu nu, sans emballage, le règlement renvoie aux États membres le soin de fixer la façon dont ces informations sont mises à disposition : en pratique, elles figurent sur une affichette ou un support à proximité du produit, et c'est au client de les reporter. C'est l'un des points que l'Anses demande de surveiller dans la vente en vrac : sans numéro de lot ni nom exact, un rappel de produit est difficile à suivre. Notre article sur les produits ménagers faits maison revient sur l'importance de l'étiquetage de ses propres flacons.

Le cas du vrac

Le décret n° 2023-837 du 30 août 2023 n'interdit pas la vente de cosmétiques en vrac, mais il l'encadre : les produits cosmétiques pour lesquels un « challenge test », qui vérifie l'efficacité des conservateurs, et des contrôles microbiologiques sur le produit fini sont nécessaires ne peuvent être vendus en vrac qu'en service assisté ou au moyen d'un dispositif de distribution adapté. En pratique, les savons et les produits anhydres (sans eau), moins exposés au développement microbien, se prêtent le mieux à la vente nue ; les crèmes et les liquides exigent un distributeur fermé ou un vendeur.

Solide, mais pas forcément « naturel » ni « sans risque »

Le format solide dit quelque chose de l'emballage, pas de la composition. Un shampoing solide peut contenir des tensioactifs de synthèse ; un savon « naturel » peut contenir des huiles essentielles, que l'ANSM recommande de considérer non comme des ingrédients courants mais comme des substances particulières, non dénuées d'effets indésirables, selon un dépliant de la DGCCRF. La lecture de la liste INCI reste le seul moyen fiable de savoir ce que contient un produit. En cas de réaction cutanée, c'est à un professionnel de santé qu'il faut s'adresser : ce site ne donne aucun conseil médical.

Fabriquer son propre savon pour soi relève d'une autre logique, avec ses propres précautions, que nous décrivons dans fabriquer son savon : les précautions. Le vendre ou le donner largement, en revanche, fait entrer dans le champ du règlement.

Sources