Fait maison & solides

Fabriquer son savon : comment fonctionne la saponification et quelles précautions prendre

Fait maison & solides · Publié le 2026-10-27

Deux pains de savon posés côte à côte, l'un vert olive estampillé savon de Marseille, l'autre brun orangé estampillé
Un pain de savon de Marseille et un pain de savon d'Alep, en 2024. Photographie de DimiTalen, CC0. Illustration générale, sans lien avec les fabricants.

Le savon est l'un des plus anciens produits fabriqués par l'être humain, et l'un des plus simples sur le papier : des corps gras, une base, de l'eau, du temps. Le fabriquer soi-même attire beaucoup de personnes qui veulent réduire leurs emballages. Mais la base en question, l'hydroxyde de sodium, est un produit corrosif. Cet article explique le principe et les précautions ; il ne remplace ni une formation ni les consignes de sécurité du fournisseur.

Le principe : la saponification

Les huiles et les graisses sont constituées pour l'essentiel de triglycérides, des molécules formées d'un glycérol et de trois acides gras. Mises en présence d'une base forte en solution dans l'eau, elles réagissent : les acides gras se lient au sodium (ou au potassium) pour former des sels d'acides gras, c'est-à-dire du savon, et le glycérol est libéré sous forme de glycérine. Cette réaction s'appelle la saponification.

Chaque huile réagit avec une quantité précise de base, que l'on exprime par son indice de saponification. C'est pour cela qu'une recette de savon n'est jamais approximative : trop peu de base laisse de l'huile non transformée, ce qui donne un savon gras ; trop de base laisse de la soude libre, ce qui donne un savon agressif pour la peau. Les savonniers prévoient en général un léger excédent d'huile, appelé « surgras », pour s'assurer qu'il ne reste pas de soude libre. Les quantités se calculent huile par huile, à partir des indices publiés, et se pèsent au gramme près sur une balance précise.

Trois façons de faire

MéthodePrincipeManipulation de soude
Saponification à froidHuiles et solution de soude mélangées à basse température, puis moulage ; la réaction se poursuit pendant la cureOui
Saponification à chaudLe mélange est chauffé pour accélérer la réaction avant moulageOui
RefonteUne base de savon déjà fabriquée est fondue, parfumée ou colorée, puis remouléeNon

La refonte est la méthode la plus sûre pour débuter, en particulier dans une cuisine où vivent des enfants : on n'y manipule aucun produit corrosif. Elle permet de se familiariser avec les moules, les températures et le démoulage avant d'envisager, éventuellement, une saponification complète.

La soude : un produit dangereux

L'hydroxyde de sodium, souvent appelé soude caustique, est classé selon le règlement européen CLP parmi les substances qui provoquent de graves brûlures de la peau et des lésions oculaires (mention de danger H314). Sa dissolution dans l'eau dégage beaucoup de chaleur et des vapeurs irritantes. Une éclaboussure dans l'œil est une urgence.

Avant d'ouvrir le flacon

Une règle classique de sécurité chimique s'applique : verser la soude dans l'eau, jamais l'eau sur la soude, pour éviter les projections. Et ne jamais utiliser un déboucheur ou un produit ménager à base de soude à la place d'un hydroxyde de sodium pur : leur composition n'est pas connue avec précision et ils peuvent contenir d'autres substances.

La cure : le temps fait partie de la recette

Après le démoulage, un savon saponifié à froid n'est pas prêt. Il doit sécher plusieurs semaines dans un endroit sec et aéré, posé sur la tranche, le temps que la réaction se termine et que l'eau s'évapore. Le savon durcit et devient plus doux. Pendant cette période, il ne s'utilise pas et reste hors de portée des enfants. Les durées varient selon les recettes : suivre celle de la formule utilisée.

Du savon pour soi au savon vendu

Fabriquer du savon pour son propre usage ne relève pas de la réglementation des cosmétiques. Dès qu'il est mis sur le marché, vendu ou distribué, même lors d'un marché de créateurs ou d'une vente associative, le savon de toilette devient un cosmétique au sens du règlement (CE) n° 1223/2009 : personne responsable, rapport de sécurité établi par une personne qualifiée, dossier d'information produit, notification sur le portail européen CPNP, étiquetage complet. Nous détaillons ces obligations dans notre article sur le cadre réglementaire des cosmétiques solides.

La DGCCRF a d'ailleurs consacré des enquêtes aux nouvelles marques de cosmétiques, parmi lesquelles des fabricants de savons solides, et y relève une méconnaissance fréquente de ces règles. Le savon artisanal n'est pas un produit à part : c'est un cosmétique comme un autre.

Ce que ce guide ne dit pas

Nous ne donnons ici ni recette chiffrée ni promesse sur les effets d'un savon sur la peau. Les propriétés attribuées à tel ou tel ingrédient relèvent souvent de l'allégation, que la réglementation encadre strictement pour les produits vendus. En cas d'irritation, d'allergie ou de maladie de peau, c'est un médecin ou un pharmacien qu'il faut consulter. Pour d'autres préparations de la maison, et leurs pièges, voir les produits ménagers faits maison.

Sources