Vrac & contenants

La vente en vrac, comment ça marche : définition légale, pesée, tare et information

Vrac & contenants · Publié le 2026-10-27

Rangée de distributeurs transparents remplis de différentes variétés de riz dans une épicerie sans emballage
Distributeurs de riz dans une épicerie sans emballage de Brighton (Royaume-Uni). Photographie d'Andy Li, CC0. Illustration générale, sans lien avec un commerce de Toulouse.

Des silos de lentilles, des bacs de flocons, une balance, des bocaux : le principe du vrac paraît simple. Il a pourtant une définition juridique précise depuis 2020, des règles d'hygiène, des exceptions et quelques gestes à connaître pour que l'achat se passe bien. Voici comment fonctionne, pas à pas, la vente sans emballage en France.

Ce que dit la loi

Jusqu'en 2020, le mot « vrac » n'avait pas de définition légale. Les commerces l'employaient pour des réalités très différentes : des bacs en libre-service, des produits pesés au comptoir, parfois même des produits préemballés dans des sachets en papier. La loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, dite loi AGEC, a mis fin à ce flou en créant l'article L. 120-1 du code de la consommation.

Trois conditions cumulatives y figurent. Le produit est présenté sans emballage ; il est vendu dans la quantité choisie par le consommateur ; il est mis dans un contenant réemployable ou réutilisable. Un sachet de pâtes vendu au poids fixe n'est donc pas du vrac, même s'il est en papier. À l'inverse, une huile d'olive tirée à la tireuse dans la bouteille que vous apportez répond à la définition.

Le même article précise que la vente en vrac peut se faire en libre-service ou en service assisté, et qu'elle peut aussi être conclue à distance. Il pose surtout un principe large : tout produit de consommation courante peut être vendu en vrac, sauf exceptions dûment justifiées par des raisons de santé publique. La liste de ces exceptions a été fixée par un décret du 30 août 2023 ; nous la détaillons dans notre article sur les produits interdits ou encadrés en vrac.

Libre-service ou service assisté

Dans le libre-service, le client se sert lui-même : il ouvre la trappe d'un silo à gravité, utilise une pelle ou une pince, actionne une pompe ou un robinet. C'est le modèle le plus courant pour les céréales, les légumineuses, les fruits secs, les pâtes, le sucre, et pour certains liquides comme les huiles ou les produits d'entretien.

Dans le service assisté, un employé conditionne le produit et le remet aussitôt au client. Le décret de 2023 le définit comme un mode de vente dans lequel le conditionnement du produit et sa remise immédiate au consommateur sont effectués par un employé sur le point de vente. C'est le mode qu'on retrouve au rayon fromage ou boucherie à la coupe, et c'est celui qu'impose la réglementation pour certains produits sensibles, comme les denrées périssables, lorsqu'ils ne sont pas proposés dans un distributeur spécialement conçu.

Cette distinction compte pour le consommateur : en libre-service, une part de la maîtrise de l'hygiène lui revient. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) insiste sur un point simple : ne jamais toucher les produits avec les mains, utiliser les ustensiles fournis et ne pas les intervertir d'un bac à l'autre, pour éviter les contaminations croisées.

La pesée et la tare, étape par étape

Le vrac se vend au poids ou au volume, et le prix affiché est un prix à l'unité de mesure (au kilogramme ou au litre). Toute la mécanique repose donc sur la pesée, et sur une notion que l'on oublie vite : la tare, c'est-à-dire le poids du contenant vide, qu'il faut retrancher pour ne payer que le produit.

  1. Peser le contenant vide. En arrivant, faites peser vos bocaux et sacs vides, ou pesez-les vous-même si une balance est en libre accès. Le poids est noté sur une étiquette ou directement sur le contenant.
  2. Remplir. Choisissez la quantité : c'est tout l'intérêt du vrac, qui permet de n'acheter que ce dont on a besoin, d'une poignée d'épices à plusieurs kilos de farine.
  3. Identifier le produit. Notez le nom exact, ou le numéro du silo, sur le contenant. Sans cette information, la caisse ne peut pas appliquer le bon prix au kilo.
  4. Peser plein et déduire la tare. À la caisse, le poids du contenant est retranché du poids total. Si vous pesez vous-même, c'est à vous de faire la tare correctement.

La loi impose par ailleurs aux commerces qui acceptent les contenants des clients d'afficher les règles de nettoyage et d'aptitude de ces contenants. Ces affiches sont un bon point de départ si vous débutez : elles disent ce que le magasin accepte et ce qu'il refuse.

L'information à demander, et à garder

Un produit préemballé porte une étiquette complète : dénomination, ingrédients, allergènes, date limite, numéro de lot. Pour un produit vendu sans emballage, la réglementation de l'étiquetage est différente, et certaines de ces informations ne sont plus obligatoirement imprimées sur un support que vous emportez. Les informations essentielles, comme la présence d'allergènes pour les denrées alimentaires, doivent cependant rester accessibles sur le lieu de vente, en général sur le silo ou sur une affichette.

Dans une note publiée fin 2021, l'Anses a recommandé que d'autres informations soient également communiquées lors d'un achat en vrac : la durée de conservation (date limite de consommation ou date de durabilité minimale), le mode d'emploi ou les conditions de conservation, et les éléments d'identification qui permettent de suivre un rappel de produit. L'agence souligne que le consommateur devient un maillon de la sécurité sanitaire : s'il ne note pas le libellé exact, la date d'achat ou le lot, il lui sera très difficile de savoir si un produit rappelé est dans son placard.

Le réflexe étiquette

Qui vend en vrac ?

Le vrac n'est plus réservé aux épiceries spécialisées. On le trouve dans les magasins bio, sur les marchés (où une bonne partie des produits est vendue sans emballage depuis toujours), dans les supermarchés et hypermarchés, et de plus en plus chez des artisans qui remplissent les contenants de leurs clients. La loi Climat et résilience de 2021 a d'ailleurs fixé aux commerces de plus de 400 m² un objectif de surface consacrée aux produits sans emballage primaire à l'horizon 2030 : nous l'expliquons dans notre article sur l'objectif de 20 %.

Pour le consommateur, la diversité des lieux a une conséquence pratique : les règles d'organisation varient. Certains magasins prêtent ou vendent des contenants, d'autres pèsent au comptoir, d'autres encore proposent des balances en libre accès. Les commerces de plus de 400 m² doivent, depuis la loi AGEC, mettre à disposition des contenants réutilisables propres, à titre gratuit ou payant.

Ce que le vrac change, et ce qu'il ne change pas

Le premier intérêt du vrac est d'éviter des emballages à usage unique. Le ministère de la Transition écologique rappelle que la loi AGEC vise la fin de la mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d'ici 2040, et le vrac est l'un des leviers de cette trajectoire. Le second intérêt est d'ajuster les quantités : acheter la juste dose limite le gaspillage, à condition de bien conserver ce que l'on rapporte.

Le vrac n'est pas pour autant un label de qualité ou d'origine. Un produit vendu sans emballage peut être bio ou non, local ou importé : ces informations relèvent d'autres règles et d'autres mentions. L'Agence de la transition écologique (Ademe) a d'ailleurs publié en 2021 un « Panorama et évaluation environnementale du vrac en France » qui compare, produit par produit, le vrac et le préemballé ; ses conclusions dépendent du type de produit, du contenant utilisé et de la façon dont il est réemployé. C'est une raison de plus pour bien choisir ses contenants et les garder longtemps, sujet de notre article sur le droit d'apporter son contenant et l'hygiène.

Sources